Photographie de Sir John Herschel réalisé par Julia Margaret Cameron grâce au procédé du collodion humide

Photographie de Sir John Herschel réalisé par Julia Margaret Cameron grâce au procédé du collodion humide

Comme je l’ai déjà dit, je suis étudiante en écologie mais aussi passionnée de photographie argentique, activité qui malheureusement utilise beaucoup de produits chimiques dont le recyclage est encore compliqué. J’ai donc cherché un moyen de tirer des photos avec le moins de produits polluants possible et j’ai découvert les anthotypes. Je crois que c’est la méthode la plus simple pour obtenir une image! Il faut juste des plantes, un peu de soleil et de la patience! Tout pour me plaire quoi! 😀

L’anthotype a été inventé par Sir John Herschel. Il en décrit le processus chimique dans son article de 1842 On the Action of the Rays of the Solar Spectrum on Vegetable Colours, and on some new Photographic Processes, publié dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society :

“The action is positive, that is to say, light destroys color; either totally, or leaving a residual tint, on which it has no further, or a very much slower action. And thus is effected a sort of chromatic analysis, in which two distinct elements of color are separated, by destroying the one and leaving the other outstanding. The older the paper, or the tincture with which it is stained, the greater is the amount of this residual tint.”

Pour les anglophobes : « L’action est positive, c’est-à-dire, la lumière détruit la couleur; soit totalement, soit en laissant un résidu de teinte sur lequel il n’a pas d’autre, ou une action beaucoup plus lente. Et ainsi on effectue une sorte d’analyse chromatique, dans laquelle deux éléments distincts de couleur sont séparés, en détruisant l’un et en laissant l’autre en suspens. Plus le papier est vieux, ou la teinture avec lequel il est taché, plus grande est la quantité de cette teinte résiduelle « .

“Anthotype #4” by Sir John Herschel

“Anthotype #4” par Sir John Herschel

Un anthotype est donc un procédé qui permet de créer une image à partir de la destruction de pigments extraits de plantes par le spectre solaire. C’est pour cela que l’action est positive : toutes les parties de l’image exposées à la lumière éclairciront par destruction des pigments et les parties cachées ne changeront pas.

Comment réaliser un anthotype ?

Matériel :  du papier aquarelle (ou tout autre papier assez épais pouvant résister à l’eau), un pinceau, un sous-verre ou un cadre, une imprimante, du transparent pour vidéoprojecteur pouvant être utilisé dans une imprimante jet-d’encre, des filtres à café, des feuilles, pétales ou fruits de plantes, un pilon et mortier.

Procédure :

  • Imprimer l’image que vous voulez développer en positif sur votre film transparent en veillant à avoir de bons contrastes.

  • Préparer votre jus de plante. Pour cela prendre les pétales, fruits, feuilles (ce que vous voulez du moment que c’est coloré!) de votre plante et broyez à l’aide d’un mortier. Si il n’y a pas assez de jus vous pouvez rajouter un peu d’alcool (médical ou même vodka 😉 ) pour diluer le pigment. Passer le broyat dans le filtre à café pour retirer tous les petits débris de plantes.

  • Etaler votre émulsion de plante sur votre papier aquarelle de la manière la plus homogène possible. Pour un meilleur rendu (et si votre bol est assez grand) vous pouvez aussi immerger votre feuille directement dans le pigment. Faire sécher votre feuille dans le noir pendant une nuit ou bien avec un sèche cheveux à une température modérée.

  • Placer votre positif sur la feuille recouverte de jus et placez l’ensemble dans un sous-verre afin que le film transparent soit bien en contact avec le papier. Ne pas oublier de mettre un petit morceau de ruban adhésif sur un des côtés de l’ensemble transparent-papier afin de pouvoir vérifier l’apparition de l’image au fur et à mesure du développement (si si je vous jure c’est super utile! ^^).

  • Dernière étape! Placer votre sous-verre au soleil et… attendre! La vitesse du développement dépend de l’ensoleillement et de la température (plus il y a de soleil et plus il fait chaud, plus c’est rapide!) mais aussi grandement de la plante que vous avez choisie pour réaliser votre anthotype. Par exemple le jus d’épinard mettra environ 8h pour donner une image. Les pétales de coquelicot font partie des plus rapides avec l’apparition d’une image contrastée au bout de 2 jours au soleil. Alors qu’un jus plutôt de couleur bleue mettra plus de temps (parfois plusieurs mois).

Il y a quand même un problème avec cette méthode (évidemment, sinon c’est trop facile 🙂 ) : personne n’a encore réussi à trouver une méthode pour fixer définitivement l’image obtenue. En effet même après l’arrêt de l’exposition si vous mettez votre anthotype trop à la lumière l’image va finir par disparaître. Donc si vous voulez le garder le plus longtemps possible scannez le et conservez l’original dans le noir. Plusieurs personnes parlent de couler de la résine anti-UV ou bien de mettre un vernis anti-UV sur l’anthotype pour ralentir la disparition mais pour le moment il n’y a pas assez de recul pour savoir si ces méthodes sont réellement efficaces.

Pour en savoir plus et sources :

Histoire des anthotypes [en anglais]
Plusieurs articles intéressants sur les anthotypes [en anglais]